Matthias Damayromey et Robin Sallat explorent les paradoxes du choix dans ce duo contemporain intimiste capturé à Mosaic, un ancien data center reconverti par Liveo. Entre reflets troublés et ardeurs précipitées, cette création interroge notre libre arbitre : sommes-nous vraiment la somme de nos choix, ou prisonniers de nos circonstances ?
Quand le lieu inspire le propos
Tout est parti de Mosaic, cet ancien data center proposé par Liveo. Dès notre arrivée dans ces espaces épurés, aux sols immaculés et à l’architecture géométrique, une sensation particulière s’est imposée : celle d’être dans un espace intime assez froid, un espace mental où cohabitent nos différentes facettes. Ce lieu blanc et suspendu, presque hors du temps, évoquait un territoire intérieur — cet espace où se jouent nos dialogues internes, où nos personnalités multiples se rencontrent et s’affrontent.
Dans ce qui fut autrefois un data center, lieu de stockage de millions de décisions numériques, s’est imposée l’envie d’explorer nos propres décisions humaines, ce théâtre intime où différentes voix cherchent à s’exprimer. De cette intuition spatiale est né le concept : deux danseurs aux traits, attitudes et comportements que tout semble opposer, incarnant les voix contradictoires qui habitent chaque être humain. D’un côté, le fougueux — vif, celui qui vit, qui fonce parfois sans trop de réflexion, trop sanguin au risque de s’y perdre, mais qui vibre pleinement dans l’instant. De l’autre, le réservé — plus en retrait, qui se laisse porter, qui vit de manière plus sécuritaire, cherchant la stabilité avant l’élan.
Du texte à la chorégraphie : une création collaborative
Le lieu a appelé les mots. Carine Loison a écrit et récité un texte poétique explorant la complexité du choix, cette « absence de liberté » qui commence « là où l’innocence se termine ». Sur une composition musicale de Philippe Miró, le texte pose la question centrale : sommes-nous vraiment libres de nos choix, ou sommes-nous déterminés par nos circonstances, nos consciences, nos réflexions passées ?
Une fois l’univers sonore et poétique posé, Matthias Damayromey et Robin Sallat sont entrés dans le processus. L’équipe leur a expliqué l’histoire à raconter, les images mentales qu’elle portait : deux personnalités opposées qui cohabitent, se confrontent, tentent de coexister. À partir de cette direction, les danseurs ont travaillé la chorégraphie, traduisant en mouvement cette dialectique intérieure.
Un dialogue corporel en évolution
Tout au long de la vidéo, le rapport entre les deux danseurs évolue, change, respire. Chacun montre ses différentes facettes : le fougueux révèle parfois des moments de vulnérabilité et de doute, le réservé trouve des instants de courage et d’audace. Ils se cherchent, entrent en conflit, tentent de se dominer ou de se fuir. Leurs corps racontent cette lutte pour l’équilibre, cette quête d’harmonie entre des parts de soi apparemment inconciliables.
À la fin de la vidéo, quelque chose se résout. Les deux danseurs trouvent une forme d’acceptation mutuelle, une paix intérieure. Non pas par la victoire de l’un sur l’autre, mais par l’embrassement de la dualité elle-même. Ces traits de personnalité — vivre intensément au risque de se perdre ou vivre prudemment en sécurité, l’action et la réflexion, l’élan et la stabilité — ne sont pas à choisir. Ils font partie d’un même être qui doit accepter et intégrer toutes ses facettes pour avancer « sans regrets, sans remords ».
L’audace de l’acceptation
« Si nous avons le choix de faire de notre vie la plus belle aventure ou le pire accident, je fais celui de succomber à mes envies sans regrets, sans remords. Celui du palpitant. »
Cette déclaration finale n’est pas un appel à l’impulsivité aveugle, mais une invitation à embrasser pleinement qui nous sommes, avec nos contradictions, nos hésitations et nos élans.
La réalisation de Morgan Eloy, assisté de Romain Breton, accompagne cette évolution avec une caméra qui se fait tour à tour témoin et complice. Le mixage de Frédéric Labonne donne à la musique de Philippe Miró l’espace nécessaire pour soutenir le texte sans l’écraser, laissant respirer le silence et le souffle des danseurs.
Dans l’ancien data center de Mosaic, là où se prenaient autrefois des millions de décisions binaires, « Sans regrets, sans remords » nous rappelle que nos choix humains échappent à toute programmation. Qu’ils soient passionnés, empiriques ou rationnels, ils portent en eux toutes nos contradictions — et c’est précisément ce qui les rend intimement personnels.
SANS REGRETS SANS REMORDS
Il est en nous gravé ce combat silencieux,
Dans ce trouble miroir où le doute s’invite,
Deux reflets se déchirent, esprits tumultueux,
Jusqu’à ce que l’effroi nos ardeurs précipite.
On dit du choix qu’il est l’absence de liberté
Qu’il commence là où l’innocence se termine
Ce libre choix qui tend à nous paralyser
Écho de nos consciences qui nous déterminent
On dit de l’humain qu’il est la somme de ses choix
Qu’il est toujours à même d’apprécier ses options
Si tant est qu’il prenne l’une ou l’autre des voies
En gardant en mémoire ses anciennes réflexions
Qu’ils soient passionnés, empiriques ou rationnels
Ils se doivent de rester intimement personnels
Esquisses arbitraires et volontaires de nos âmes
Visant le bonheur et cultivant nos flammes
Impuissante face aux circonstances imposées
Je choisis librement sans jamais renoncer
De condamner le choix de la sécurité
Dont la prudence est résolument trop risquée
Si nous avons le choix de faire de notre vie
La plus belle aventure ou le pire accident
Je fais celui de succomber à mes envies
Sans regrets, sans remords, celui du palpitant.
Crédits
- Chorégraphie et interprété par Matthias Damayromey & Robin Sallat
- Écrit et produit par Carine Loison
- Réalisé par Morgan Eloy
- Assisté de Romain Breton
- Musique : Philippe Miró
- Voix : Carine Loison
- Mix : Frédéric Labonne
- Remerciements spéciaux : François Nguyen
- Tourné à Mosaic, lieu porté par Liveo
- En partenariat avec Liveo








